Notre avenir commun face au changement climatique- Déclaration finale du Comité scientifique de la CFCC15

NOTRE AVENIR COMMUN FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE - DÉCLARATION FINALE DU COMITÉ SCIENTIFIQUE DE LA CFCC15*, PRÉSIDÉ PAR CHRIS FIELD

Présidents du Comité d’organisation et du Haut Conseil : Hervé Le Treut et Jean Jouzel
Organisateurs internationaux : UNESCO, Future Earth et ICSU**

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Les scientifiques posent des bases solides pour que les gouvernements prennent des décisions ambitieuses lors de la COP 21 et au-delà.

La conférence scientifique « Notre avenir commun face au changement climatique » (Our Common Future under Climate Change – CFCC15*) couvre tous les domaines scientifiques relatifs au changement climatique. Avec près de 2 000 participants originaires d’une centaine de pays, la CFCC15 est la plus grande conférence scientifique internationale organisée avant la COP 21 de Paris. Elle fait le point sur l’état actuel des connaissances concernant tous les aspects du changement climatique, et passe en revue l’ensemble des options d’atténuation et d’adaptation susceptibles d’offrir des solutions durables et équitables à tous les pays et toutes les régions.

Le principal objectif de la COP 21, qui se tiendra en décembre 2015, est d’instaurer un cadre de coopération entre gouvernements destiné à assurer une croissance constante de l’ambition individuelle et collective, en vue de relever le défi du changement climatique. Le nouveau régime de gouvernance climatique doit renforcer la confiance, soutenir la mise en œuvre des politiques et des mesures, maximiser les bénéfices de la coopération internationale et consolider la prise de conscience qu’un nouveau modèle de développement est en train d’émerger (à émissions de carbone faibles ou nulles, et résilient au changement climatique). Pour les scientifiques, il ne s’agit plus seulement d’évaluer les risques et les possibilités d’action. Ils sont également amenés à étudier et faciliter les différentes modalités de transition vers des économies et des sociétés durables et résilientes.

La présente déclaration résume le socle scientifique qui servira de base à l’action climatique, en s’appuyant sur les connaissances actuelles des solutions et des problèmes.

Le changement climatique est un défi majeur du 21e siècle. Ses causes sont profondément ancrées dans la façon dont nous générons et utilisons l’énergie, produisons nos aliments, aménageons les territoires et consommons plus que nécessaire. Ses effets sont susceptibles d’affecter toutes les régions de la Terre, tous les écosystèmes et de nombreux aspects des activités humaines. Les solutions exigent un engagement audacieux envers notre avenir commun.

Étant donné que le réchauffement induit par le CO2 se poursuit pendant plusieurs siècles, toute limitation de celui-ci à une température maximale implique que les émissions de CO2 doivent finir par retomber à zéro. Il y a deux chances sur trois de pouvoir contenir le réchauffement à 2°C ou moins si on limite les émissions de CO2 à 900 milliards de tonnes, soit près de 20 fois la quantité émise pendant la seule année 2014. Pour limiter le réchauffement à 2 °C, les émissions devront être nulles, voire négatives, à la fin du 21e siècle.

Il est nécessaire que les politiques intelligentes en matière de gestion et de réduction des risques liés au changement climatique soient justes et tiennent compte de l’importance de l’histoire, des capacités de chacun, d’une répartition équitable des financements et de la richesse de l’expérience humaine. L’année 2015 est cruciale pour réaliser des progrès. Les possibilités de trouver des solutions réalisables sur le plan économique et offrant une perspective raisonnable de limiter le réchauffement à un maximum de 2 °C diminuent rapidement.

Chaque pays a un rôle à jouer. L’adoption de mesures ambitieuses en 2015 peut se révéler déterminante pour assurer notre avenir commun au sein d’économies durables et robustes, de sociétés équitables et de communautés dynamiques.

La science constitue le socle sur lequel il convient de s’appuyer pour prendre des décisions intelligentes lors de la COP 21 et dans la période qui suivra. Répondre au défi que pose le changement climatique exige de l’ambition, du dévouement et de la volonté, non seulement de la part de la communauté scientifique, mais aussi de la part des gouvernements, du secteur privé et de la société civile.

Nous, représentants de la communauté scientifique, sommes tout à fait déterminés à analyser tous les aspects du problème, à aligner le programme des recherches sur les possibilités de solution, à informer le public et à soutenir le processus politique.

L’ESPACE DES SOLUTIONS

1. Un objectif ambitieux d’atténuation permettant de limiter le réchauffement à moins de 2 °C au-dessus des niveaux préindustriels est possible sur le plan économique. Mais tout retard dans la réduction drastique des émissions, tout attentisme de la part de certains pays ou toute exclusion de certaines technologies énergétiques propres entraîneront l’augmentation des coûts et de la complexité des mesures. Les stratégies d’atténuation visant à limiter le réchauffement à 2 °C et présentant un bon rapport coût-efficacité nécessitent une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % par rapport aux niveaux actuels d’ici 2050.

2. Les mesures d’atténuation des prochaines décennies seront essentielles pour déterminer l’importance du réchauffement à long terme et des risques associés. Mais même avec une politique d’atténuation ambitieuse, une grande partie des changements climatiques observés au cours des prochaines décennies sera inévitable en raison des processus climatiques et du cycle d’exploitation normal des technologies et des infrastructures en place. L’adaptation à court et long termes permettra certes de se préparer aux risques que présentent des impacts inévitables, mais elle a ses limites.

3. Les investissements dans des mesures d’adaptation et d’atténuation du changement climatique peuvent offrir un grand nombre d’avantages connexes en renforçant la protection contre la variabilité climatique actuelle, en réduisant les dommages causés par la pollution de l’air et de l’eau, et en favorisant le développement durable. Les réponses intelligentes au changement climatique, conçues pour maximiser les bénéfices connexes et minimiser les effets indésirables, peuvent faire partie d’une stratégie intégrée de développement inclusif et durable.

4. Un objectif ambitieux d’atténuation nécessitera toute une série de mesures, parmi lesquelles des investissements dans la recherche, le développement et le transfert de technologies ; l’élimination progressive des subventions aux énergies fossiles ; et la mise en place d’une tarification du carbone. La tarification du carbone permet de mettre sur un pied d’égalité les différentes technologies énergétiques en faisant payer pour les dégâts causés par le changement climatique et en récompensant les autres bénéfices découlant des activités d’atténuation.

5. D’ici la fin du siècle, les investissements mondiaux dans l’énergie et les infrastructures énergétiques représenteront plusieurs milliers de milliards de dollars. L’investissement supplémentaire nécessaire à la transition vers une énergie propre peut représenter une petite fraction de ce montant. Par une mise en œuvre efficace, ce surcoût peut largement contribuer à une croissance économique inclusive et durable.

6. Il est plus simple de réduire les émissions des gaz retenant la chaleur dans certains secteurs que dans d’autres. Il est par exemple plus facile d’agir sur la diminution de la déforestation, l’efficacité énergétique, la production d’électricité, les bâtiments et les voitures. Cela devient plus complexe dans les domaines de l’aviation, du transport routier, des navires de haute mer et de l’agriculture. Les technologies à fort potentiel concernent la gestion de la demande, l’efficacité énergétique, l’énergie solaire et éolienne, la bioénergie et le nucléaire : toutes présentent des possibilités de progrès majeurs. Une meilleure gestion de la planète offre de grandes opportunités, non seulement pour le climat mais aussi pour les services écosystémiques et la biodiversité.

L’ESPACE DES PROBLÈMES

1. Le réchauffement du système climatique est sans équivoque. Jusqu’à présent, il est en grande partie imputable aux activités humaines.

2. Les impacts des changements climatiques qui se sont déjà fait sentir sont largement répandus et de grande ampleur. Ils touchent tous les continents, de l’équateur aux pôles et des montagnes aux côtes. Les changements climatiques contribuent à une grande variété de conditions extrêmes : vagues de chaleur, pluies torrentielles, incendies, sécheresses, fonte des neiges et des glaces. Ils font obstacle à l’augmentation des rendements agricoles et modifient les implantations géographiques et les activités des plantes et des animaux, que ce soit sur terre, dans les lacs et les rivières, ou dans les océans.

3. Les populations et les régions du monde entier sont vulnérables et exposées au changement climatique, mais les risques diffèrent selon les endroits. La vulnérabilité est particulièrement élevée dans les régions où la pauvreté, les inégalités, le manque d’infrastructures et une gouvernance inefficace s’additionnent et limitent ainsi les possibilités d’action.

4. Un niveau élevé d’émissions de gaz à effet de serre augmente les risques d’impacts graves, généralisés et irréversibles. Les risques pour les personnes, les économies et les écosystèmes seront tous beaucoup plus importants dans un monde où les émissions resteraient élevées et où le réchauffement climatique pourrait atteindre 4 °C ou plus au-dessus des niveaux préindustriels d’ici la fin du siècle, par rapport à un monde où les efforts d’atténuation seraient ambitieux. Les risques les plus préoccupants concernent les impacts sur la sécurité de l’approvisionnement en eau et en nourriture, la santé et le bien-être des personnes, la biodiversité et les services écosystémiques, les inégalités et la pauvreté, les cultures rares, les activités économiques et les infrastructures, et le franchissement de seuils majeurs en ce qui concerne le niveau de la mer, la biodiversité et les rétroactions climatiques.

*Comité scientifique de Notre avenir commun face au changement climatique


OUR COMMON FUTURE UNDER CLIMATE CHANGE - OUTCOME STATEMENT BY CFCC15 SCIENTIFIC COMMITTEE*, CHAIRED BY CHRIS FIELD

Chairs of the Organising and High-Level Committees : Hervé Le Treut and Jean Jouzel

International organisers : UNESCO, Future Earth, and ICSU**

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This statement distils the scientific foundation for action, building on current understanding of the solution space and the problem space.

Climate change is a defining challenge of the 21st century. Its causes are deeply embedded in the ways we produce and use energy, grow food, manage landscapes and consume more than we need. Its effects have the potential to impact every region of the Earth, every ecosystem, and many aspects of the human endeavour. Its solutions require a bold commitment to our common future.

Because warming from carbon dioxide persists for many centuries, any upper limit on warming requires carbon dioxide emissions to fall eventually to zero. A two in three probability of holding warming to 2°C or less will require a budget that limits future carbon dioxide emissions to about 900 billion tons, roughly 20 times annual emissions in 2014. To limit warming to 2°C, emissions must be zero or even negative by the end of the 21st century.

Smart policies to manage and reduce the risks of climate change must be fair, embracing the importance of history, capabilities, equitable financing, and the richness of human experience. 2015 is a critical year for progress. The window for economically feasible solutions with a reasonable prospect of holding warming to 2°C or less is rapidly closing.

Every nation has a role. Bold action in 2015 can be decisive in assuring a common future of sustainable, robust economies, equitable societies, and vibrant communities.

Science is a foundation for smart decisions at COP21 and beyond. Solving the challenge of climate change requires ambition, dedication, and leadership from governments, the private sector, and civil society, in addition to the scientific community.

We in the scientific community are thoroughly committed to understanding all dimensions of the challenge, aligning the research agenda with options for solutions, informing the public, and supporting the policy process.

THE SOLUTION SPACE

1. Ambitious mitigation to limit warming to less than 2°C above preindustrial levels is economically feasible. Delaying deep emissions cuts, waiting on the sidelines by some countries, or excluding particular clean-energy technologies all increase costs and complexity. Cost-effective mitigation pathways to limit warming to 2°C require reducing emissions of greenhouse gases by 40–70% below current levels by 2050.

2. Mitigation over the next few decades will be pivotal in determining the amount of long-term warming and associated risks. But even with ambitious mitigation, much of the climate change over the next few decades is unavoidable as a result of both climate processes and the natural lifecycle of existing technology and infrastructure. Adaptation in the near term and long term can help address risks of impacts that cannot be avoided, but there are limits to adaptation.

3. Investments in climate-change adaptation and mitigation can provide a wide range of co-benefits that enhance protection from current climate variability, decrease damages from air and water pollution, and advance sustainable development. Smart responses to climate change, designed to maximize co-benefits and minimize adverse side-effects, can be part of an integrated strategy of inclusive and sustainable development.

4. Ambitious mitigation will require a range of actions, including investing in research, development, and technology transfer ; phasing out subsidies on fossil energy ; and pricing carbon. Pricing carbon helps level the playing field among energy technologies by charging for the damage caused by climate change and rewarding other benefits of mitigation activities.

5. Over the rest of the century, global investments in energy and energy infrastructure will total many trillions of dollars. The additional investment required to transition to clean energy can be a small fraction of this amount. With effective implementation, this additional cost can be an important contributor to inclusive and sustainable economic growth.

6. Emissions of heat-trapping gases are simpler to reduce in some sectors than in others. Decreased deforestation, energy efficiency, electricity generation, buildings, and cars are at the simpler end of the spectrum. Aviation, heavy trucks, ocean ships, and agriculture are more complicated. Technologies with huge potential include demand management, energy efficiency, solar, wind, bioenergy, and nuclear, with the possibility of breakthroughs. Improved stewardship of the Earth presents large opportunities not only for climate but also for biodiversity and ecosystem services.

THE PROBLEM SPACE

1. Warming of the climate system is unequivocal. Human activities are to blame for much of the warming to date.

2. Impacts of climate changes that have already occurred are widespread and consequential. Impacts have affected every continent, from the equator to the poles and the mountains to the coasts. Climate changes have contributed to many kinds of extremes, including heat waves, heavy rain, wildfires, droughts, and decreased snow and ice. They have made it more difficult to increase crop yields and have shifted the locations and activities of plants and animals on the land, in lakes and rivers, and in the oceans.

3. People and places around the world are vulnerable and exposed to climate change, with different risks in different places. Vulnerability is especially daunting where poverty, inequalities, lack of infrastructure, and ineffective governance combine to constrain options.

4. Continued high emissions of heat-trapping gases increase the risk of impacts that are severe, pervasive, and irreversible. Risks for people, economies, and ecosystems are all much greater in a world of continued high emissions, with warming by the end of the century potentially reaching 4°C or more above preindustrial levels, than in a world of ambitious mitigation. Risks of greatest concern include impacts on food and water security, human health and well-being, biodiversity and ecosystem services, inequalities and poverty, unique cultures, economic activities and infrastructure, and crossing of large-scale thresholds for sea level, biodiversity, and climate feedbacks.

**International Council for Science (ICSU) President Gordon McBean

publié le 09/09/2015

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