Intervention du Secrétaire d’État aux Affaires européennes lors de sa visite de l’UFAR, le 9 octobre 2015 [hy]

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Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi une très grande joie d’être parmi vous, dans cette Université française en Arménie en plein développement.
Pour le Français que je suis, c’est une grande émotion que de s’exprimer devant autant de jeunes qui ont choisi d’apprendre notre langue, de poursuivre des études supérieures dans cet établissement, ou bien dans les universités françaises.
C’est une émotion d’autant plus forte que, vous le savez, depuis un siècle, la France et l’Arménie entretiennent des liens plus forts et plus étroits que de seules relations diplomatiques.
J’ai pu constater ce matin, en me rendant au mémorial dédié aux victimes du génocide arménien, la force et la profondeur de cette relation si spéciale.
Dans ce moment de recueillement au Tsitsernakaberd, les mots de Péguy, de Clemenceau, d’Anatole France, de Jean Jaurès – qui a lancé les premières alarmes sur le massacre des Arméniens en 1896 et 1897, devant la Chambre des députés – font résonner aujourd’hui la même conviction qu’alors : reconnaître le génocide arménien, comme nous l’avons fait en 2001, commémorer cette année son centenaire, c’est un acte de paix.
C’était tout le sens du message d’Erevan lancé par le Président de la République François Hollande, le 24 avril dernier : le message de la France, c’est un message de paix, paix pour la mémoire des victimes ; paix pour la sérénité des vivants.
Il y a cent ans, la France a accueilli les survivants du génocide.
Mais elle a à son tour été sauvée par ceux qu’elle avait accueillis, à travers leur contribution héroïque à la Résistance, lors de la Deuxième guerre mondiale – et je pense ici à la figure héroïque de Missak Manouchian –, et parce qu’ils ont aidé à la reconstruire.
Cent ans après le génocide arménien, nous sommes les témoins de nouvelles violences à caractère ethnique et religieux, en Syrie et en Irak, dont la communauté arménienne est victime.
La France, vous le savez, a décidé d’intervenir en Syrie pour frapper l’État islamique.
Elle prend sa part dans l’accueil des réfugiés syriens en Europe.
Je salue d’ailleurs, à ce titre, le geste de solidarité de l’Arménie, qui a déjà accueilli plus de 16 000 réfugiés syriens sur son sol.
Depuis cent ans, nos deux pays, nos deux peuples, ont mêlé leurs destins.
Et aujourd’hui, vous êtes, jeunes d’Arménie, l’incarnation du lien fort qui existe entre nos deux pays, fait d’amitié, d’admiration, et de confiance.
C’est aussi pour cela qu’en Arménie, et vous en êtes la preuve vivante, la langue française a de l’avenir.
En Arménie, on peut désormais suivre des cours en français de la maternelle à l’université.
L’école française en Arménie est de plus en plus fréquentée, par quelques jeunes Français bien sûr, mais surtout par de jeunes Arméniens, qui deviendront bientôt vos successeurs sur ces bancs.
Vous serez alors peut-être en France, ou dans une entreprise française d’Erevan : car il y en a beaucoup !
Le lycée franco-arménien 119, inauguré en mai dernier par Thierry Mandon, doit encore se développer, mais il délivre déjà des diplômes avec mention « bilingue francophone », facilitant la poursuite d’études universitaires en France ou ici, à l’UFAR.
Cette université, d’ailleurs, est un modèle, une référence en matière de formation supérieure professionnelle.
Le Président de la République François Hollande a souhaité rendre hommage à cette institution, en venant ici-même, le 24 avril, pour un échange avec des étudiants.
L’UFAR offre en effet à ses étudiants une formation d’excellence, dans les domaines du droit, de la gestion et de la finance, du marketing, de la banque, de l’assurance.
Elle est aujourd’hui très attractive : 1 200 étudiants s’y sont inscrits cette année, près de 20 % de plus que l’année dernière.
Le succès de l’UFAR tient aussi à l’opportunité offerte à ses étudiants d’acquérir en Arménie un double diplôme français – diplôme de licence ou de master délivré par l’Université de Lyon 3 – et arménien.
Et les résultats sont là : tous ceux qui en sortent occupent rapidement des positions à responsabilité en Arménie.
Je tiens donc à saluer les diplômés et futurs diplômés de l’UFAR que j’ai devant moi : vous êtes une fierté et une chance pour la France comme pour l’Arménie.
Mais il y a aussi parmi vous des diplômés d’universités françaises, qui ont pu, grâce à leurs diplômes, trouver des emplois à l’université, dans le secteur de la recherche et dans les entreprises arméniennes.
Les universités françaises accueillent en effet, chaque année, près de 900 étudiants arméniens.
L’association des anciens boursiers du Gouvernement français compte, quant à elle, près de de 200 membres.
Parce que les relations qui se nouent au moment des études sont les plus belles ;
Parce qu’elles fondent les amitiés et les engagements les plus solides ;
Parce que l’Arménie comme la France ont tout à gagner à voir les diplômés des universités françaises organiser leur réseau de camaraderie, de solidarité et de projets partagés ;
Nous proposons aujourd’hui à ses diplômés, à ses anciens boursiers de s’inscrire sur la plateforme France Alumni, que j’ai le plaisir aujourd’hui d’inaugurer, et de promouvoir !
Un réseau d’anciens élèves, ce n’est pas seulement porter un regard attendri et nostalgique sur ses années d’études ; c’est aussi, et surtout, regarder vers l’avenir, envisager ensemble des partenariats porteurs de nouveaux projets.
Ce réseau sera un outil fabuleux pour garder contact, trouver des opportunités professionnelles en France et à l’international, participer à des événements culturels, ou pour continuer à se former.
Les perspectives économiques, pour vous qui parlez français et avez acquis ici des compétences reconnues, sont nombreuses.
Avec vous, nous devons dynamiser l’activité économique de l’Arménie, qui peut devenir un pôle de développement et de stabilité du Caucase du sud.

Les coopérations traditionnelles doivent être encouragées, bien sûr.
Elles existent dans de nombreux domaines, comme l’agriculture ou la santé.
Mais la France peut aussi faire valoir en Arménie son savoir-faire dans le domaine de la mode, du design, du cinéma, des jeux vidéo, du tourisme, du numérique, des technologies de l’information pour aller au-delà des relations économiques existantes.
Nous croyons vraiment que la plateforme France Alumni participera à ce grand mouvement.
La France, vous le voyez, croit en vous pour créer les conditions d’une Arménie prospère.
C’était d’ailleurs le sens de la première visite du Président de la République François Hollande, en mai 2014, qui a permis la tenue d’un premier forum économique.
Comment expliquer que deux pays si proches échangent si peu ? La France est certes le premier investisseur occidental dans le pays, mais le volume des échanges commerciaux est encore trop faible.
Nous devons tout faire ensemble pour l’augmenter. Nous avons tout à y gagner.
La tenue à Paris, début 2016, d’un second Forum économique, est le signal de la volonté de nos deux pays à marcher ensemble dans cette direction.
Je me réjouis également du lancement prochain des négociations du nouvel accord d’association entre l’Union européenne et l’Arménie, un accord qui soit compatible avec les intérêts de l’Arménie dans la région, et notamment avec son adhésion à Union économique eurasiatique.
La France s’est beaucoup mobilisée pour soutenir la relance d’un tel partenariat.
Notre souhait, nous faisons tout pour y arriver, c’est de pouvoir signer rapidement un document ambitieux, avec une forte dimension économique et commerciale.
C’est dans ce contexte de très grandes ambitions pour nos deux pays que se tiendra samedi la Conférence ministérielle de l’Organisation internationale de la francophonie.
Nous tenons à remercier l’Arménie d’accueillir un tel événement, qui démontre sa volonté d’ouverture à la diversité, et de dialogue fécond entre les cultures.
Pour vous, étudiants et anciens étudiants de l’UFAR, cet événement francophone de portée mondiale, ici, à Erevan est la preuve que votre choix était le bon !
Vous écrivez une nouvelle page des relations entre nos deux pays.
Vous marchez dans les pas de ceux qui les ont rendues belles ; mais vous le faites d’une façon nouvelle.
Ce ne sont plus les drames qui doivent les façonner, c’est la prospérité économique, c’est l’épanouissement culturel.
J’aurai la joie d’aller écouter demain le plus célèbre des Arméniens de France, ou des Français d’Arménie : Charles Aznavour.
Pour les plus jeunes, je vous invite aussi à vous rendre dès aujourd’hui, à Cascade, à 18 heures, au concert gratuit de BIC, un jeune Haïtien extrêmement talentueux, et à la performance du groupe lyonnais Pockemon Crew, multi-champion du monde et d’Europe de hip-hop.
Avec toutes ces manifestations et tous ces projets en commun, la France et l’Arménie démontrent la vitalité de leur relation et la confiance dans leur avenir, que vous incarnez.
Notre histoire en commun est déjà longue mais, vous voyant si nombreux aujourd’hui, j’en ai la conviction : elle ne fait que commencer.

Je vous remercie.

publié le 15/10/2015

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