Entretien de l’Ambassadeur de France, S. Exc Monsieur Jonathan Lacôte, à l’agence de presse Armenpress (16.11.2017) [hy]

1. Monsieur l’Ambassadeur, tout d’abord nous voudrions connaître votre opinion sur le niveau actuel des relations franco-arméniennes. Comment l’évaluez-vous et sur quels points de ces relations miseriez-vous ?

Les relations franco-arméniennes sont des relations privilégiées, basées sur une amitié séculaire. La qualité et la densité des liens humains entre nos deux pays font la richesse de notre relation. Le dialogue politique entre les deux pays et se traduit par des visites bilatérales régulières au plus haut niveau ainsi qu’entre les parlementaires, les élus locaux et les sociétés civiles. L’Arménie et la France entretiennent une coopération éducative et culturelle très étroite, dont l’Université française en Arménie (UFAR) et l’Ecole française sont les fleurons.

2. Le haut niveau de la coopération entre la France et l’Arménie dans le domaine politique est bien connu. Qu’est-ce que vous pensez de la coopération dans le domaine économique et quel résultat évoqueriez- vous dans ce domaine ? Est-ce que le potentiel des deux parties est suffisamment utilisé ?

Le renforcement de nos échanges économiques est une des priorités de mon action. Tout en étant un investisseur de premier plan, la France reste encore un partenaire commercial modeste de l’Arménie. Il existe des secteurs prometteurs tels que l’agriculture, l’énergie, le tourisme, le numérique ou encore la santé dans lesquels nos deux pays pourraient coopérer de manière efficace. A cet égard, je pense qu’un développement majeur, qui devrait permettre d’inciter les investisseurs, les exportateurs français à venir davantage en Arménie, c’est la signature prochaine de l’accord entre l’UE et l’Arménie, qui permet à l’Arménie d’offrir à tout investisseur potentiel un double avantage : l’accès au marché de l’Union économique eurasiatique et des échanges facilités avec l’Union Européenne

3. Quelles priorités voyez-vous pour activer la coopération dans le domaine économique ? Selon vous, quels problèmes existent-ils pour les entrepreneurs au niveau des investissements ?

Pour la majorité des entrepreneurs et des investisseurs, le marché arménien revêt un intérêt particulier s’il constitue une tête de pont vers l’Union économique eurasiatique et l’Iran, tout en bénéficiant de dispositions commerciales privilégiées avec l’Union européenne. Pour commercer ou s’implanter en Arménie, les entreprises et entrepreneurs ont besoin de règles fiscales, douanières et juridiques claires et appliquées de manière équitable. Je salue les efforts du gouvernement arménien de mise en œuvre des réformes économiques et de promotion des investissements étrangers. A ce titre, une des priorités de mon action sera de continuer à renforcer la coopération institutionnelle franco-arménienne dans le domaine économique. Cette coopération s’est déjà traduite par un jumelage d’un an et demi entre Business France et la Fondation pour le développement de l’Arménie (FDA) pour aider cette dernière à développer l’attractivité des investissements étrangers. Ce rapprochement a également permis de poser les jalons d’une coopération commerciale concrète entre l’Arménie et les collectivités locales françaises puisqu’une quinzaine d’entrepreneurs de la CGPME de la région Rhône-Alpes-Auvergne se sont rendus en Arménie du 2 au 6 octobre 2017 à l’invitation de la FDA. J’apprécie le fait que cette coopération se concentre notamment sur les PME françaises qui ont particulièrement besoin d’être accompagnées et conseillées pour comprendre les spécificités du marché arménien.

4. Une coopération intense existe également dans le domaine culturel. Quels seraient pour vous les principaux axes de la future coopération dans ce domaine ?

La coopération dans le domaine culturel entre l’Arménie et la France est effectivement intense et s’étend à de nombreux domaines. Certains secteurs seront cependant prioritaires :

- Le cinéma : l’Ambassade de France continuera de soutenir la participation française aux festivals internationaux de cinéma en Arménie qui assurent la visibilité de l’offre française, en particulier l’Abricot d’Or, ReAnimania et Rolan Bykov. Le Festival du film francophone (en partenariat avec d’autres ambassades de pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie), qui a connu un grand succès en 2017, sera également une manifestation que nous rééditerons en 2018.

- La promotion de la musique et des musiciens français : nous souhaitons promouvoir la musique classique et contemporaine (jazz, musiques du monde...) à travers des coopérations avec les grandes institutions arméniennes (Opéra, Salle Aram Khachaturyan, Jeune orchestre d’Arménie, Festival Komitas) ainsi que l’organisation de concerts pendant la Saison de la Francophonie, en mars, ou à l’occasion de la Fête de la Musique, en juin.

- La promotion des cultures francophones et de la langue française est également une de nos priorités, notamment dans la perspective du Sommet de la Francophonie qui se tiendra en 2018 à Erevan. Dans ce cadre une série d’opérations de promotion et de la valorisation de la langue française seront organisées par cette ambassade en liasion avec les institutions culturelles arméniennes.

5. L’Arménie accueillera en 2018 le Sommet de la Francophonie. Quelle importance revêt le déroulement de ce genre d’événement en Arménie ? Quelles sont vos attentes de ce Sommet ?

C’est pour l’Arménie une formidable chance que de pouvoir accueillir ce sommet dans un an exactement. C’est le plus grand évènement international depuis l’indépendance de l’Arménie. Plus de 80 délégations, soit plus de 5000 participants, sont attendues, se déplaceront à Erevan pour l’occasion. Le Président français Emmanuel Macron, participera à cet évènement et nous savons que la visite d’un Président français, c’est toujours un événement en Arménie compte tenu des liens historiques qui nous unissent. Pour nous c’est une chance et c’est une opportunité absolument extraordinaire pour les relations entre nos deux pays, même si évidemment la francophonie ce n’est pas que la France, ce sont 80 autres pays sur les cinq continents

6. La France est l’un des trois pays coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE. Les coprésidents essayent d’activer ces derniers temps les rencontres entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan : la dernière rencontre entre les présidents Serge Sarkissian et Ilham Aliev a eu lieu dernièrement. Selon vous, dans quelle mesure ces rencontres sont efficaces du point de vue du règlement pacifique du conflit, quand l’Azerbaïdjan entrave manifestement le processus de la mise en œuvre d’un nombre d’accords ultérieurs.

La France ne ménage pas ses efforts, avec les deux autres pays coprésidents du Groupe de Minsk, la Russie et les Etats-Unis, pour trouver une solution négociée au conflit du Haut Karabakh qui a endeuillé tant de familles de part et d’autre. Le conflit du Haut Karabakh n’a pas de solution militaire et une solution pacifique doit être trouvée autour de la table des négociations. La France a salué le récent sommet des présidents Sarkissian et Aliev, ainsi que l’annonce d’une prochaine rencontre des Ministres des Affaires Etrangères des deux pays. Je constate avec tristesse que depuis mon arrivé il y a un mois, plusieurs soldats arméniens ont été tués sur la ligne de contact, ce qui témoigne du fait que le conflit du Haut Karabakh n’est pas un « conflit gelé », mais bien un conflit ouvert avec des conséquences dramatiques pour les deux peuples. La France appelle à une intensification des négociations en vue de trouver une solution à ce conflit qui dure plus de deux décennies.

7. Monsieur l’Ambassadeur, que pensez-vous des relations Arménie- UE ? La signature de l’accord de Partenariat global et renforcé entre l’Arménie et l’UE est attendue prochainement. Que donnera-t-il aux relations bilatérales ? Comment évaluez-vous les chances de la signature ?

L’Union européenne reste le plus gros bailleur de fonds en Arménie dans le domaine de la gouvernance, de l’appui au secteur privé et de la réforme de l’administration publique. Sur le plan politique, nous pensons que l’UE, aux côtés d’autres acteurs internationaux, peut aider l’Arménie à consolider sa société civile et la situation des Droits de l’homme qui constituent les bases de tout développement démocratique. Cet accord rapprochera l’Arménie de l’Union européenne car il facilitera les échanges économiques avec l’UE. Il a également vocation à renforcer les coopérations dans plusieurs domaines : défense des droits de l’Homme, renforcement de l’Etat de droit, lutte contre la corruption, développement des échanges culturels et approfondissement du dialogue politique. Après la signature de l’accord, l’Arménie sera le premier pays du Partenariat oriental à être à la fois membre de l’Union économique eurasiatique et signataire d’un accord de cette nature avec l’Union européenne.

8. Monsieur l’Ambassadeur, vous êtes en Arménie depuis peu, cependant, qu’est-ce que vous avez pu voir ou gouter ici ? Pourriez-vous nous parler de vos premières impressions ?

Après cinq semaines en Arménie, je peux vous dire que l’Arménie est déjà pour moi un pays addictif : les journées semblent avoir 50 heures et les semaines 10 jours ! Qu’il s’agisse de la culture, de la cuisine, du mode de vie, l’Arménie est un pays qui tient tous vos sens en éveil. A son échelle – et je dis cela en tant que Parisien venant de Londres – Erevan est une petite « ville-monde » : on y rencontre des personnalités fascinantes, de très haut niveau, toujours polyglottes et ouvertes sur le monde. Et, dans tous les domaines, on perçoit que l’on aborde une très ancienne civilisation, qui plonge ses racines dans une histoire longue et souvent tragique. Pour le nouvel arrivant c’est extrêmement stimulant mais fût-il Ambassadeur, cela amène aussi au respect et à la modestie.

publié le 17/11/2017

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